Castlevania Bloodlines

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Nom : Castlevania Bloodlines (US) / Vampire Killer (Jap) / Castlevania The New Generation (Eur) 
Editeur : Konami
Console : Megadrive
Année : 1994
Genre : Plate-forme/Action
Nombre de joueurs : 1
 
Pendant des années, les Castlevania furent l'appanage des consoles de Nintendo, à tel point que le hit de Konami en était systématiquement associé à ce constructeur. Alors autant dire que quand l'éditeur de Gradius, Contra, Parodius et Castlevania annonça un épisode exclusif pour la 16 bits de Sega, nombre de possesseurs de la Megadrive furent des plus enthousiastes... mais pas pour longtemps. En effet, ce Castlevania fut considéré comme une déception et de trop nombreux magasines spécialisés le descendirent en flèche, n'y voyant qu'un jeu techniquement à peine supérieur aux jeux Nes et avec une perte conséquente de l'âme de la série. Et pourtant, en creusant un peu, on se rend compte que le jeu ne ternit en rien la renommée de la série, bien au contraire.
 
N.B.: Pour des raisons évidentes de fun et de vitesse (sans compter que c'est la version que je possède), j'ai préféré tester la version US (Bloodlines) que la version européenne (The New Generation). A 60Hz, le jeu a quand même plus de pêche.
 
Ça lance et ça fouette!
 
En guise d'intro, on a droit a une succession de quelques jolies images agrémentées d'un peu de texte : Dracula est mort en 1897, tué par Van Helsing et les jeunes gens qui l'accompagnaient dans ce but, dont Quincey Morris, qui lui y laissa la vie. (Eh oui, cet opus de Castlevania essaie, de façon pas très heureuse, de lier l'histoire du jeu et celle du livre de Bram Stoker!) 20 années se sont écoulées et une apprentie sorcière du nom de Drolta Tzuentes, en s'exerçant sur diverses incantations, ressucita accidentellement la cruelle Elisabeth Bartley, vampire de son état et nièce du comte Dracula. A peine sortie de la tombe, cette dernière n'a qu'une idée en tête : ramener son démoniaque oncle d'entre les morts pour voir enfin les ténèbres règner sur notre monde. Cependant, pour cette résurrection, elle a besoin de l'union de toutes les forces maléfiques qu'elle pourra trouver en Europe (Dans la version japonaise, Drolta est en fait une sorcière expérimentée et maléfique, et elle commande les armées de Dracula avec Elisabeth Bartley. C'est elle qu'on combat à la fin entre les 2 formes de Dracula).
 
Pour la petite histoire, Elisabeth Bartley est inspirée de la "Comtesse sanglante", Erzsébet Báthory (dont la famille régnait sur la Transylvanie), celle qui fut accusée du meurtre de centaines de jeunes filles et de s'être baignée dans leur sang afin de conserver sa jeunesse, fin XVIème-début XVIIème siècle. Drolta, quant à elle, est inspirée de Dorottya Szentes, une des servantes et complices supposées d'Erzsébet  Báthory.
 
A la moitié du 2ème niveau, on affronte 3 semi-boss, heureusement faciles. Le super-saut d'Eric sert aussi à attaquer les ennemis en hauteur.
 
Et c'est ainsi qu'il vous faudra vous débarrasser de toutes les entités ténébreuses dans 6 niveaux vous faisant voyager dans quelques pays de la vieille Europe : du château de Dracula en Roumanie au palais Proserpine en Angleterre (???), en passant par l'Atlantide, la Tour de Pise, une usine d'armement en Allemagne (Ben quoi? Je vous rappelle qu'en 1917, c'est la Grande Guerre.) et le château de Versailles, vous devriez voir du pays.
 
Dès le début, vous avez le choix entre 2 personnages: John (Johnny en Jap) Morris, fils de Quincey Morris, descendant du clan Belmont (Oui, je sais, c'est vraiment tiré par les cheveux, mais je vous avais prévenu que le lien était scabreux... mais cette hérésie sera rectifiée dans sa suite, Castlevania Portrait of Ruin...), combattant à l'aide du fouet "Vampire Killer", et Eric Lecarde, un espagnol (difficile à croire avec un tel nom...) chasseur de vampire, utilisant une lance (du nom d'"Alcarde Spear"... Ne serait-ce pas plutôt "Alucard's Spear"?). Si leur jouabilité n'est fondamentalement pas très différente (disons pour résumer que l'arme de John a une meilleure portée alors que celle d'Eric a une plus grande cadence de frappe), le fait de pouvoir choisir son héro est toujours chose fort appréciable. Mais les subtilités apportées par ce choix s'avèrent tout à fait intéressantes. 
 
Le coup du squelette de dragon qui sert de passerelle n'est pas nouveau, mais c'est toujours aussi classe! La Tour de Pise tangue de gauche à droite. Un effet rarement vu sur Megadrive (à voir aussi dans Chuck Rock 2)
Un premier choc... pas dans le bon sens.
 
Une fois votre avatar choisi, la partie commence. Et là, déception ! Déjà, la taille des sprites: elle est très réduite. Les persos ont à peu près la même taille que sur Nes. Bon, on se dit que ce n'est pas trop grave s'ils sont bien animés. Ben, c'est pas la joie non plus. Les héros ont une animation tout ce qu'il y a de plus simple, sans médiocrité mais sans génie non plus. Et les graphismes alors? Là aussi, rien de transcendant : certes, le niveau de détail est appréciable mais les couleurs sont ternes comme ce n'est pas permis. Côté son, c'est un peu mieux, avec des mélodies entraînantes mais l'orchestration laisse à désirer (chip sonore Megadrive oblige) et les bruitages sont perfectibles quand ils ne cassent pas tout simplement les oreilles.
Alors à ce stade, on peut dire que les premières minutes de jeu ne sont pas ce qu'il y a de mieux, aussi bien pour un tel titre que pour une telle machine.
 
Patience et longueur de temps...
 
Mais, si ces premières impressions semblent des plus mitigées, elles ne sont pas rédhibitoires pour autant. Et après plusieurs minutes de jeu, on se rend compte de plusieurs aspects tout-à-fait bien venus. Le jeu est rapide, surtout pour les versions US et Jap, ce qui est un bon point pour un jeu d'action. De plus, et c'est nouveau pour un Castlevania aux USA, il y a du sang ! Eh oui ! Si leu jeu est censuré en Europe (il semblerait que ce soient les Allemands qui furent choqués... et toute l'Europe en a pâti...), il n'en est rien au pays de l'oncle Sam. Les zombies voient leurs tripes se déverser sur le sol, les cadavres suspendus  saignent goutte à goutte, les harpies décapitées voient leur tête remplacée par une grosse gerbe écarlate... Bref, c'est pas très réaliste, mais pour une ambiance comme celle d'un Castlevania, ça devient un plus vraiment fun.
 
Preuve de l'humour des programmeurs: certains ennemis sont carrément ridicules: le squelette avec son casque... ...ou l'armure avec une gatling dans le bras... Et il y en a d'autres !
 
Les boss et semi-boss sont nombreux (tout en étant bien réalisés et animés), les situations sont variées et au fil du jeu, on constate avec joie que les graphismes s'améliorent (le summum étant atteint avec le château de Versailles...), que les décors brillent par leur variété et même par leur finesse, que de nombreux effets spéciaux inédits pour la Megadrive font leur apparition (transparence, rotations...) et même les ennemis ne sont pas en reste : ils sont nombreux, et en adéquation avec leur niveau.
 
Et pour ce qui est de la musique, elle tient de mieux en mieux la route: les sonorités sorties du chip Megadrive s'avèrent au final bien adaptées aux mélodies, elles-mêmes en symbiose avec le level traversé : il n'y a qu'à entendre ce son similaire à celui d'un clavecin qui compose la musique du château de Versailles pour s'en convaincre. Il ne faut quand même pas oublier que l'homme derrière ces compositions est celui qui composera plus tard les sublimes musiques de Symphony of the Night, à savoir Michiru Yamane. Certains thèmes seront repris dans des opus ultérieurs, comme Sinking old sanctuary (stage 2) qui sera dans Circle of the moon (GBA) et Iron Blue Intention (stage 4) dans Portrait of Ruin (DS) et le pitoyable Castlevania Judgment (Wii). Détail intéressant, une fois n'est pas coutume, on retrouve les remixes des musiques du premier niveau des 3 premiers Castlevania dans le sound test, et même celle de Super Castlevania IV.
 
Le premier semi-boss meurt dans une explosion de tripes, et son arrière-train bouge encore! Gore! Devinez ce qu'il faut faire à cette belle statue qui vous bloque le passage? Gagné! Décidément, il n'y a plus de respect pour les oeuvres d'art!
 
 
...Font plus que force ni que rage.
 
La jouabilité quant à elle, c'est une habitude, est un peu raide : les sauts ont toujours une portée définie et il est impossible de modifier la trajectoire. Mais ce n'est pas trop gênant. Les déplacements des héros sont rapides, et heureusement car les ennemis sont eux aussi dopés aux amphets !
 
La jouabilité est à mi-chemin entre celle de Super Castlevania IV et celle de Dracula X : Nos héros peuvent frapper dans (presque) toutes les directions (John peut le faire quand il saute et Eric quand il reste à terre) et la touche "C" sert à utiliser les armes secondaires, qui sont ici au nombre de 3 : la hache, l'eau bénite et le boomrang (remplaçant fort justement le crucifix). En appuyant vers le haut quand on utilise l'arme secondaire, on réalise une sorte d'"item crash"  mais à minima. Il n'empêche que ça occasionne des dégats plus importants. On peut upgrader son arme 2 fois en ramassant le bonus adéquat et même une troisième fois avec ce même bonus, mais dès lors, vous ne devez pas vous faire toucher sous peine de revenir à la puissance niveau 2. Le principal avantage de ce troisième niveau de puissance, c'est que l'arme secondaire devient une sorte de "smart bomb" dont l'utilisation nécessitera 8 joyaux (ceux-ci remplacent les cœurs des autres opus).
 
La smart bomb fait un sacré ménage à l'écran ! Avant de l'affronter, la Mort vous fait combattre 3 des boss précédents.
 
De plus, chaque héros a ses spécificités : John, en laissant appuyée la touche de frappe en donnant un coup, peut toucher un ennemi jusqu'à 3 fois (attention, c'est à peine perceptible, on le remarque surtout quand on combat les minotaures des deuxième et troisième niveaux), en frappant vers le haut lors d'un saut, on peut s'accrocher au plafond pour passer au dessus d'un précipice. En étant assez habile, on peut se prendre pour Spiderman. Eric, quant à lui,peut frapper dans toutes les directions quand il reste à terre. Si on garde le bouton de coup appuyé, il peut faire tournoyer sa lance en pressant à intervalle régulier sur gauche puis droite. Ça peut faite un bouclier assez efficace contre les projectiles. En se baissant, puis en appuyant sur le bouton de saut, il peut faire un bond très haut lui permettant d'atteindre des plate-formes inaccessibles à John. L'idée c'est qu'en fonction des capacités d'un personnage, certains passages lui seront accessibles alors que d'autres lui seront interdits. Mais modérons notre enthousiasme, cette idée au demeurant géniale est sous-exploitée et seuls 2 passages en bénéficient.
 
Un exemple de parcours spécifiques aux héros : au château de Versailles, John passe par la cave... ... pendant qu'Eric combat sur le toit.
 
Cependant, ceci rend le jeu un poil moins linéaire que d'autres opus. Ajoutons à la présence des 2 personnages, un niveau de difficulté paramétrable (une première pour un Castlevania) où la vraie fin est dévoilée quand on finit le jeu en mode "Expert" (mode débloqué après avoir terminé le jeu en "Normal") et un challenge à la hauteur (le jeu est assez difficile mais bien équilibré, donc rarement frustrant), et vous obtenez une durée de vie des plus honnêtes. Le système de sauvegarde par code est par contre ridicule : un code à la fin du niveau, mais il ramène au début du niveau suivant avec 2 vies et pas de continue.
 
Konami + Sega = idyle éphémère.
 
Alors, que dire de plus? L'ambiance est clairement à l'action et dans ce sens, tous les éléments sont réunis : les situations variées, la vitesse, les musiques, les ennemis...  La réalisation plus que correcte et même parfois franchement soignée fait honneur à la 16 bits de Sega. En plus, les richesses intrinsèque et extrinsèque du jeu en font une des meilleurs cartouches d'action d'une console qui pourtant ne manque pas de titres tonitruants. On peut donc le clamer haut et fort : on a affaire à l'un des meilleurs opus de la saga Castlevania. Tout simplement.
 
Longtemps resté à part dans la saga (le seul où l'action ne se situe pas qu'aux alentours du château de Dracula), il a tout de même bénéficié d'une suite (Portrait of Ruin, sur DS), et a même vu un de ses héros dans un autre jeu de la saga (Eric, dans Castlevania Judgment... avec un look discutable...)
 
La difficulté contre les boss n'est pas forcément évolutive : la gargouille du 3ème niveau est plus difficile que les boss suivants Le dernier niveau vous mettra sens dessus-dessous!
 
Alors, naturellement, lequel de ce jeu ou de Super Castlevania IV est le meilleur, demanderons les adeptes de la guéguerre Nintendo-Sega qui faisait rage alors ? Pour faire simple, je dirais que c'est SCIV, grâce notamment à son excellente jouabilité et sa réalisation, mais la durée de vie de ce Bloodlines en fait un jeu presqu'aussi intéressant sur la durée. De toute façon, ça devient très subjectif, et ça n'a même pas d'intérêt de les comparer : avec l'émulation, on peut jouer à ces 2 titres à volonté.
Quel dommage qu'il n'y ait pas eu plus de Castlevania sur les bécanes de la marque au hérisson bleu...
 
 
 

 Les +

- 2 persos différents

- La variété des niveaux

- La musique de Michiru Yamane

- Bonne durée de vie, pour un jeu d'action

- La possibilité de frapper dans toutes les directions.

- Les embranchements spécifiques aux héros, une bonne idée...

 Les -

- ...mais pas assez exploitée

- Les sprites trop petits

- Animation des héros trop hâchée

- Choix des couleurs discutable

16/20

 
 
Article rédigé par DrBlackjack le 27/07/2011
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