Star Ocean

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Ecran titre
  • Nom : Star Ocean
  • Editeur : Enix
  • Console : Super Nintendo
  • Année : 1996
  • Genre : RPG
















Quand on regarde rétrospectivement une machine, on s'aperçoit souvent qu'il y a deux périodes pendant lesquelles les jeux nous marquent : au tout début de vie et à la fin. Explications.
Le début, parce que tout nouveau tout beau. Les éditeurs sortent dessus des espèces de démos exploitant les quelques nouveautés hardware de la bécane afin que ça se vende. Ça nous marque.
Et la fin, car après plusieurs années d'exploitation, les programmeurs maîtrisent pleinement la bête et savent en tirer de petits miracles que seuls l'expérience et le temps peuvent engendrer. Là aussi ça nous marque, parce qu'on pensait avoir tout vu sur la machine. La routine que le temps a créée peut encore se muer en surprise et étonnement.

La Super Nintendo ne fit pas exception. Avec ses premiers jeux, datant de 1990/91, nous jetant en pâtures quelques zooms et autres rotations, nous étions déjà comblés, mais presque six ans plus tard, et quasiment en phase terminale, c'était de véritables baffes digitales que nous mettaient certains éditeurs à l'aide de monstres purs et simples, et en particulier dans la catégorie des RPG. Des noms ? Soit ! Ça ne manque pas : Final Fantasy VI, Chrono Trigger, Seiken Densetsu 3, Tales Of Phantasia et aussi Star Ocean. Personne ne niera l'extraordinaire qualité ludique et technique de ces jeux, même plus de dix ans après. Et y'en a d'autres.


 Le site du vaisseau écrasé Les villages sont beaux et vastes.

Comme il est dit plus haut, Star Ocean, conçu par Tri-Ace, sous la haute direction d'Enix, est un monstre sur Super Nintendo. Déjà, c'est la plus grosse cartouche jamais sortie en terme de capacité, avec 6mo (48 megabits), à égalité avec Tales Of Phantasia, jeu venant d'ailleurs de la même équipe de programmeurs bien qu'édité par Namco.
- "6Mo? Sur Super Nintendo? C'est pas possible!" diront certains. Et pourtant, c'était sans compter sur le "doping" électronique. D'une capacité théorique maximale de 4mo (32megabits), les cartouches de certains jeux subirent un traitement spécial afin de dépasser ces limites, d'en mettre toujours un peu plus et ainsi continuer à être dans la course. Et oui, c'est comme la came...
Utilisant la puce nommée S-DD1, capable de compresser et de décompresser les données, les mecs de Tri-Ace parvinrent à tasser beaucoup plus de graphismes et de sons sans que la console y trouve à redire. Tout le monde y trouva son compte: les programmeurs, n'étant plus limités ou presque, et les joueurs, nous, pour encore plus de spectacle. A noter que seuls deux jeux sur Super Nintendo eurent droit à cette puce: Star Ocean, donc, et Street Fighter Alpha 2.


 Comme dans une sitcom d'AB Production, le classique plan "cafet'"...Détail irrésistible, vos pas dans le sable s'impriment pendant quelques instants. 

Tous les RPG et autres jeux d'aventure ont la plupart du temps les mêmes scénarios et tout juste dignes des Livres Dont Vous êtes Le Héros. Il faut être honnête. Des histoires de bien contre le mal, des objets magiques à retrouver comme une épée, un médaillon ou plusieurs cristaux, une princesse enlevée, de la vengeance, un méchant sorcier surpuissant à dégommer, et le héros est bien souvent un boulet de première issu d'un village de nabots mais qui découvre à la fin qu'il est le "descendant de l'élu du fils du héros de la déesse de la légende"... Tout cela est nul, sans imagination aucune et digne d'un générateur automatique de scénarios ! Star Ocean tenta de nous donner autre chose en croisant les genres.

Star Ocean nous narre les effets dévastateurs d'une maladie, un virus apprend-on ensuite, qui pétrifie les habitants d'un petit village. Plusieurs membres d'une même famille, ainsi que des amis proches, sont touchés. Voilà qui donne du cœur au ventre aux rares personnes encore saines afin de découvrir le remède, une fameuse plante poussant au sommet d'une montagne, bien évidemment maudite... Un petit groupe décide tout de même de s'y rendre afin de ramener cet antidote. Là-dessus viennent se greffer des personnages en vaisseau spatial, provenant d'une autre galaxie, et dont l'intérêt sur ce virus démontre qu'ils savent des choses à ce sujet. Leurs deux quêtes se rejoignent malgré toutes leurs différences.

Même la science a ses limites... Il a choisi de mourir pétrifié chez lui, dignement.

Là où ça devient intéressant, c'est dans la comparaison entre les personnages du futur, avancés, savants, cartésiens et adeptes de la technologie, et les rustres issus d'un passé où la magie, les dieux, la médecine de Rika Zaraï et l'acier règnent. On pense au rat des villes et au rat des champs et autres rivalités subjectives. Le jeu s'en amuse beaucoup, avec des dialogues savoureux où les barbares ne comprennent pas grand-chose au charabia moderne de leurs interlocuteurs et leur demandent des explications comme: - "C'est quoi un ordinateur?" On leur apprend également à utiliser les ascenseurs du vaisseau et ils découvrent les joies de la téléportation. Braves neuneus encore non souillés par le modernisme à l'excès...
Star Ocean n'oublie pas les amateurs de pagnes en peaux de bêtes puisque ce sont ici les "arriérés" qui sont les héros, et non les futuristes. Ils ne prendront jamais l'ascendant sur eux.


 Et c'est aussi le nom du jeu !... Un "Grenelle" version Star Ocean...

Désirant nous montrer leur pleine maîtrise de la console, les programmeurs de Tri-Ace nous ont concocté en entrée une intro mémorable de plus de deux minutes et entièrement animée. Plutôt que d'en parler, le mieux est encore de la regarder, et en silence !



Techniquement, Star Ocean est l'un des jeux les plus aboutis qui soit sur la Super Nintendo. Les graphismes sont magnifiques et très détaillés. Les couleurs sont belles, passant du vif au pastel, sans parler des ombrages, très nombreux. Même s'ils ne peuvent rivaliser avec Seiken Densetsu 3, qui restera toujours la référence en la matière sur Super Nintendo, Star Ocean est dans le peloton de tête des cinq plus beaux jeux de la console tous genres confondus.

Les combats sont rapides et mêlent le système des jeux d'aventure en temps réel et la stratégie des RPG. Ici pas de combats lourdingues où il faut attendre chacun son tour. Autre qualité appréciable, il n'y a pas d'ennemis vous sautant dessus toutes les trois secondes comme dans certains jeux. Quoi de plus pénible que ces RPG qui s'acharnent sur vous en vous imposant des combats à chaque pas? On se retrouve à faire et refaire les mêmes combinaisons sur la manette, on a l'impression d'être à l'usine. Ici, vous avez le temps de vous reposer mais aussi d'admirer le paysage.
Très riche, le jeu nous impose de longs moments passifs où les personnages papotent, s'animent et développent l'histoire sans qu'on ait à faire quoique ce soit, juste à regarder. Une version traduite dans une langue que l'on maîtrise est donc recommandée.

 Les nuages défilent et créent des ombrages magnifiques. - "Je vois la Suisse!"

Enfin, cerise sur le gâteau, les musiques de Star Ocean nous transportent littéralement. Et pour cause puisque nous les devons à Motoi Sakuraba, nom révéré par beaucoup et à juste cause. Plutôt typées moyen-âgeuses, avec beaucoup d'instruments à vent, ces BGM correspondent toujours parfaitement à l'action ou la découverte. Par exemple, lors de votre première arrivée dans le village de Clato, une douce musique démarre, totalement en harmonie avec le calme de ce petit bled entouré d'arbres fruitiers. En fermant les yeux, avec les bruitages des oiseaux qui passent et un peu d'imagination, vous pourriez presque ressentir le vent glisser sur votre peau grasse. On pourrait juste regretter l'utilisation forcenée de la harpe et autres sons cristallins, sonnant désormais bien trop cliché pour ce genre de jeu depuis Final Fantasy. Enfin, c'était avant que ça ne devienne la mode aussi...
L'ambiance sonore secondaire est également très soignée avec des voix digitalisées et autres bruitages réalistes. Il est évident que l'audio est pour beaucoup dans les 6mo de la cartouche.


 Détail d'un combat     Les lapins ne sont pas sympa dans ce jeu...

Hélas, hélas, trois fois hélas ! Tout cela serait merveilleux sans de cruels bugs. Jouant à ce jeu en émulation depuis quelques années déjà à l'aide d'une rom traduite issue du site Dejap, désormais mort, j'avais pu constater des problèmes, comme des traductions boiteuses (travail d'amateurs...), et surtout des "freeze". Quoi de plus pénible qu'un plantage du jeu lorsque vous êtes allés loin et que, pris dans l'action, vous avez oublié de sauvegarder ? Mais le pire est à venir.
L'un des aspects les plus durs de ces bugs est celui de la sourdine. En effet, après un combat, ou si vous reprenez le jeu à partir d'une sauvegarde, les musiques ne s'exécutent pas, seuls restent les bruitages mais comme ils sont rares lorsqu'on se promène, un silence assourdissant emplit vos oreilles et là, vous vous sentez vraiment seul ! On ne le dira jamais assez mais, comme au cinéma, ce n'est pas le visuel qui nous transporte ou nous émeut, mais le côté sonore. De plus, se priver des musiques de Motoi Sakuraba, c'est presque un crime.

 Superbes graphismes. Détail du village Clato.

Ces bugs provoquèrent de nombreuses interrogations et mirent à mal les auteurs de cette traduction mais Dejap publia des communiqués comme quoi ce n'était pas de leur faute vu que la cartouche d'origine coinçait déjà. Hum, tout de même... C'est difficile à avaler mais ne pouvant faire de test de la cartouche en elle-même sur une véritable console, il ne reste plus qu'à les croire. La liste de ces bugs, et leurs improbables solutions, est disponible ici. À noter que les problèmes d'émulation rencontrés à l'époque où cette liste fut écrite sont désormais résolus. Que vous jouiez sous Zsnesw ou Snes9x, les dernières versions en date de ces émulateurs ne posent plus aucun problème de "freeze".

Une autre rom traduite en anglais circule également sans signature précise, elle "freeze" moins, mais est également buggée, en particulier dans les menus des inventaires, qui sont réduits à une bouillie de caractères mêlant le japonais et le plutonien ! Pour acheter des items à l'épicerie du coin, c'est pratique je vous jure...
En bonne démocratie, vous avez donc le choix : vous procurer la cartouche d'origine et y jouer tout en japonais avec des bugs (à confirmer), ou préférer les roms dédiées à l'émulation, y jouer avec des traductions plus ou moins justes, et des bugs (confirmés) ! Faites votre choix camarades !


 Le petit pont de bois... Il descend de la montagne...

Malgré ces problèmes qui peuvent gâcher le plaisir, Star Ocean reste une bête du RPG sur Super Nintendo et ils ne doivent en aucun cas vous priver de ce petit chef-d'œuvre qui ouvrit le bal et la franchise que tous les p'tits d'jeuns d'aujourd'hui connaissent sur PS2 par exemple. La difficulté est dosée et vous donnera de longues heures de plaisir même si les bourrins du genre le torcheront assez facilement.
Dans l'océan de jeux sur Super Nintendo, Star Ocean est une perle.

Sébastien Morand

Article rédigé par Shenron le 30/01/2008
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